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Poltergeist

Sortie: 1 janv. 2011


Cet album est le symbole du lieu des métarmorphoses, de la chrysalide, de la chambre secrète des initiations, des tunnels, des spirales descendantes et ascendantes. Le but de cette saga sonore est de présenter un passage, un état transitoire entre deux étapes, de l’espace spirituel, mystérieux, fantastique à l’espace matériel, à l’environnement de l’homme. Du Macrocosme vers le microcosme. La rencontre de ces deux mondes en un. Laissez-vous voyager, rêver à travers cet égrégore sonore …

This album is a symbol of the place of métarmorphoses, the chrysalis, the chamber of secret initiations, tunnels, spirals down and bottom. The purpose of this saga sound is to present a passage, a state transition between two stages, space spiritual, mysterious, wonderful to space equipment, the environment of man. From Macrocosm to microcosm. The meeting is two worlds in one. Let traveling through this dream égrégore Sound ...

Critique musicale de mon ami poète Olivier Sidaner :

Poltergeist est une magnifique invitation à s’en aller pour s’approprier un espace totalement créé. Et cette invitation conduit à faire non seulement l’expérience du don de la maîtrise et de la compétence mais aussi celui de la générosité d’une composition qui accompagne l’auditeur, le soutient, le maintient, sait le rassurer pour l’emmener et accepter de quitter ses propres références. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans Poltergeist : partir, quitter, emmener, atteindre.

Dès les premières notes, alors qu’elle invite à une belle et prudente promesse de repos et d’apesanteur, la musique, “savante” que toute promesse est le nid d’un voyage qui engendre une rupture et le dessein d’une fidélité, prévient, développe et enveloppe, la nostalgie de quitter ce que l’on est où on l’est, et la crainte du départ. Prenant à cœur le chagrin et l’espérance, elle tisse ses liens de confiance entre la tristesse et le dessein d’une indicible présence. Erudite, connaissant l’inquiétude du changement, la nostalgie de laisser derrière soi, la fragilité de la rupture, l’incertitude de la destinée humaine, avec une rare honnêteté, elle va chercher ses appuis en elle-même, pour livrer les raisons et les explications, musicales, de sa promesse. Dès lors formatrice d’elle-même et de son auditeur, de la douceur savante de cet équilibre et de cette bienveillante simultanéité naît une tension confiante qui permet à l’auditeur de s’abandonner à elle, sans savoir où il va, sans savoir où il est inexorablement mené, mais se sachant accompagné pour aller au devant du mystère et se confronter à l’incertitude et à l’inquiétude.

Prenant l’auditeur au plus doux de sa nostalgie, au rythme d’une avancée humblement cristalline et humaine, Poltergeist ouvre alors les portes de ce qu’elle a promis pour présenter à l’auditeur un espace qui se déploie de plus en plus, devient de plus en plus vaste, de plus en plus beau. Portée par l’osmose de la nostalgie et de la confiance, sûre de ce qu’elle a en elle-même, reprenant toujours ses appuis, pour ne pas effrayer, dans les limites qu’elle effleure, proposant son propre appui en elle-même pour se dépasser et se transmettre, elle forme son monde, l’auditeur et elle-même dans une même et constante exigence, et dans une sereine et magnifique montée en puissance de l’émerveillement et de l’apesanteur, rend possible le plus rêvé des ballets, emporté dans une incroyable gravitation céleste où s’orchestre sans entraves possibles la danse infinie de l’immuable et de l’impermanence.

Honorant ainsi sa promesse d’apesanteur, affranchis nous-même de notre tristesse, elle passe le seuil de son double don, de maîtrise et de beauté et parvient à l’enchantement. Confiants dès lors dans ses raisons musicales, nous savons aussi que nous ne sommes pas seuls à en faire l’expérience. Elle aussi la fait et c’est en cela qu’elle nous est si proche et que son histoire devient la nôtre.

Traversant le sas d’un nouvel espace, la musique, avec cette simultanéité qui lui est si propre, peut alors anticiper et métamorphoser l’indécision et la prudence de qui se retrouve incertain de découvrir un champ aux horizons si vastes en l’entraînant dans la valse heureuse d’un fastueux ballet céleste. Mais s’approprier de nouvelles gravitations ne se fait pas s’en s’arracher à sa propre gravité. Sachant alors tirer à l’extrême sur la volonté, sans jamais provoquer de déchirements, elle nous élève du doute, de la crainte, de l’inquiétude, du tumulte des chutes et des ascensions du vertige de l’épreuve de l’arrachement pour nous dissoudre plus encore dans la valse, la tendresse et l’émerveillement . C’est alors beau à en pleurer.

De plain-pied maintenant dans son nouveau monde, l’auditeur est ébloui à hauteur d’un enfant vierge de tout savoir. La musique, offrant alors la parade, le cortège festif et son transitoire sens de l’oubli bienheureux, ainsi que l‘atemporel enthousiasme des valses et des fanfares qui entraînent tout dans leur hymne à la joie, ne sacrifie cependant rien à son message, elle prépare aussi l’échange et le changement.

S’ouvre alors la boîte à musique et avec elle l’équilibre de la magie et de l’apesanteur qui tissent entre elles les références féeriques et familières, réconfortantes : les automates qui égrènent dans le temps et l’espace, l’insoupçonnable merveille des gestuelles mécaniques, l’amour et la tendresse sublimés, le pierrot lunaire qui fait corps avec son astre dans sa course universelle, la gaieté contagieuse des airs de carrousels, la perpétuelle éclosion des éléments en symbiose, ondées musicales, ruissellements apaisants, traînée d’orages au loin, montée en puissance où toutes les forces s’harmonisent au son d’une nouvelle aurore. Et la mélodie de la boîte à musique, quand elle se tait, a libéré, à l’opposé de la boîte de Pandore, la germination d’un espace propre à un nouveau ballet, encore et toujours, alors que l’inéluctable puissance du cortège a arrimé en nous le soupçon d’un avènement, comme une inquiète confiance pour une indicible beauté qui va engendrer le plus intime des arrachements.

De la traîne orageuse, telle une douce ondée, Poltergeist revient alors sur son invitation originale et son inexorable dessein. Délivrée de sa promesse d’apesanteur, la musique semble parler autrement d’égal à égal, dans un savoir qui nous est commun, qu’elle nous a transmis, qu’elle a fait nôtre. Lucide, sage et savante encore et toujours, plus sévère, plus réaliste, plus proche de son dessein, elle est aussi plus seule et responsable, inquiète de ne pas avoir tout livré encore, parce qu’elle sait que la beauté ne peut se concevoir sans l’intelligence de la puissance tant cette dernière est aussi le berceau du chaos, et le plus intime des arrachements passe par l’épreuve du chaos. Elle change donc de registre. Plus posée et philosophique, l’impermanence qui orchestre son grand ballet devient l’impermanence simultanée de notre destinée humaine, partagée entre ses doutes et ses convictions, son temps et l’éternité, comme Poltergeist l’est entre l’inquiétude et la confiance.

Prévenante toujours, de ses liens de confiance qu’elle a tissés avec nous, utilisant ce qu’elle nous a offert, Poltergeist rassemble alors ses forces. Effleurant la sévérité et ses limites, la musique dompte la fatalité et l’énergie de la patience, sachant lui confier la juste mesure de son inexorable dessein et tend, jalonne le passage, soutient, prépare l’auditeur dans sa détermination première à ne pas le laisser uniquement flottant, dansant dans son monde. S’égrène alors, au rythme de l’extraordinaire beauté de la ligne des percussions qui nous trace le chemin depuis le départ, qui tressent depuis le début l’impermanence et l’immuable comme une dentelle de sons, de phrases et de pauses, la réconfortante et savante magie d’un hymne au temps et à l’approche d’où émerge l’improbable voix de l’arrachement ultime, que l’on pouvait craindre comme un cri, mais où glisse, comme une ombre, la métamorphose de l’inquiétude en avènement.

Déjà imprégnée de beauté à en pleurer, la musique se fait dès lors puissance à en être tragique. Mais rien n’est laissé au hasard, ni emporté par sa propre force. Tout est tenu, retenu, saisi, pour être recueilli en soi-même et que rien ne s’échappe, ni ne s’égare. Et l’effondrement, la cassure, le cri n’ont jamais prises. Et quand, tel Ulysse exposé à la tempête du chant des sirènes, le vertige des gouffres et des béances, la puissance des impressions déferlantes menacent de nous engloutir et de nous emporter, quand dans la tourmente, la voilure et les mâts sont tendus à en craquer, quand la musique nous offre enfin l’épreuve du chaos, c’est pour nous faire franchir, dans un simple éclatement d’orage, la membrane de la force intérieure qu’elle nous tendait, nous préparait à traverser depuis l’aube de sa promesse.

Comme il existe une rumeur du grand large qui porte à l’oreille des êtres humains la sourde puissance des éléments entre eux, nous écoutons alors monter, inébranlablement, la rumeur de la puissance de la musique. Au cœur d’une oscillation stéréophonique qui rend les bords tangibles et insaisissables, à la mesure même des voix tout-âme de l’infini, le cortège, ombreux autant qu’outre-tombal, des sentiments et des impressions puissamment rangés s’avance comme une force, inexorable, indéchirable au sein même de notre flottement, de notre impermanence, afin que s’en élèvent les voix souveraines et définitives de l’arrachement et qu’apparaisse la trace de l’ultime point de fuite comme promesse de passage, entre engloutissement et ascension. Et dans son ultime audace, Poltergeist glisse, entre l’ombre de son zénith légèrement au-dessus d’elle-même et son dernier son, dans son silence et dans son double de soi et de l’autre, là où tout n’est qu’équilibre de l’infini et de l’éternité.

Merci Sébastien.

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